Je domine

De ma hauteur, je vois tout. Je suis là depuis longtemps. Ici le silence est roi, mais les cigales chantent leurs droits et brisent cette dictature silencieuse. Je surplombe tout. Au loin la mer. Magnifique étendue d’eau, dont l’azur colore le ciel, dont le large m’appelle. Mais je ne peux l’atteindre car ma montagne sur laquelle je me trouve fait rempart. Ah ! cette montagne qui m’héberge depuis déjà bien longtemps. Il n’y a autour de moi que l’herbe brûlée par le soleil, mais je vois au loin les arbres qui la recouvrent. Lorsque soleil se couche à l’horizon, c’est là que la nature est la plus belle. Les montagnes voisines deviennent pourpres et flamboient sous le dernier rayon, la nature souffle son dernier cri avant la nuit. Les mistrals s’engouffrent dans la vallée et soufflent leurs poumons, la mer enfile alors sa robe orangée qu’elle ne garde que pour ces moments particuliers. Cette symphonie naturelle s’accorde et joue afin d’accompagner le soleil jusqu’à son lit. Moi, je ne fais rien. J’admire, je regarde, j’observe et lorsqu’au loin le soleil disparaît, cela veut dire que tout est fini. Mais je sais. Je sais que demain l’étoile brillera de nouveau et que cet orchestre recommencera.

Au fond de la vallée, l’humanité s’agite. Comme tous les jours. Je vois. Je vois les humains car mon promontoire me le permet. Ils me rendent visite, parfois. Ils arrivent, se reposent sur mes pierres et admirent le paysage dont l’habitude m’a rendu aveugle. Puis ils redescendent. Je ne les comprends pas. Quel est l’intérêt de monter et redescendre ? Ce sont là d’étranges spécimens qui sans leur aide, je ne serais pas là à profiter des joies de l’existence.

Pour ma part, je suis là et je resterai là. Je ne me souviens plus quand on m’a donné naissance et à qui je dois ma vie mais le temps a fait de mon prestige des ruines et me voilà, ma muraille éventrée par des trous que le temps a creusés en mon sein. Je suis vieux pourtant chaque jour, malgré le temps qui passe je tiens ma plus haute tour afin que l’on ne m’oublie pas. Chaque pierre qui tombe pour chaque année qui passe. Je reste là. Quoi qu’il doive m’en coûter. Le vent me compte souvent des histoires et m’apprend ce que l’on dit dans la vallée. Le vent est mon plus cher ami qui me redonne mon souffle lorsqu’il me vient à en manquer. Son air mesquin et ses nombreux jeux parmi les bois animent la vallée monotone, cependant son caractère fait que lorsque l’envie lui prend, il souffle tel que la mer se déchaîne, que les arbres se déracinent et que le tonnerre gronde.

Je suis là et malgré les différents divertissements qui m’entourent, l’ennui arrive. Je m’ennuie au sommet de cette montagne qui me donne une vue sur la mer, je m’ennuie de ce vent fougueux, je m’ennuie de l’humanité au fond de ma vallée. Je suis là et je survivrai.

Mars 2019

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