Tous égaux

La colère me brûle. J’étais assise là, tranquillement à digérer mon déjeuner quand j’ai entendu des paroles. Des paroles de haine, de jugement et de moquerie. Elles m’ont agressées, poignardées, éventrées, elles m’ont blessées. Et qu’est-ce que j’ai fait ? Rien. J’ai encaissé sans répliquer, je les ai laissé faire, c’est paroles. Que disaient-elle ? Elles assuraient que les êtres qui peuplent la terre ne sont pas égaux, que les races inférieures étaient la cause de tout problème, que les races inférieures ne devaient pas avoir le même droit que nous, qu’on devrait exterminer les races inférieures. Que ce soient les juifs, les femmes, les noirs, les musulmans, les étrangers, les pauvres, les faibles, les indiens, tous devraient se plier à la race suprême, qu’elles ont dit ces paroles. Puis elles sont parties. Parties pour corrompre d’autres d’esprits, parties pour aller déverser leurs haines à quelqu’un d’autre. Moi je n’ai pas bougé, j’étais ébahie par tant de stupidité, je n’osais pas cligner des yeux, pas avaler ma salive ou respirer de peur que les paroles entrent en moi et me corrompent. Je suis restée là, le regard horrifié, bouche bée, anéantie. Puis un élément extérieur m’a fait reprendre vite. Mon sang n’a fait qu’un tour, je me suis levée, j’ai marché tête baissée, ruminant le souvenir de ces paroles. Comment peut-on dire des âneries pareilles ? Une race supérieure ? Une race inférieure ? Et puis quoi encore ? Et si ces paroles étaient nées d’une bouche qu’elles humilient, seraient-elle les mêmes ? Si elles avaient enduré ce qu’elles avaient dites, tiendraient-elles les mêmes propos ? Que Dieu condamne cette idéologie mettant une personne en haut, que Dieu condamne ces paroles qui salissent la différence, mais qu’il ne condamne pas ces bouches desquelles elles sont sorties car ce n’est pas leur faute si elles n’ont pas été instruites, si elles n’ont jamais connu les vraies valeurs de l’humanité. C’est plutôt de la mienne, qui n’ai rien fait pour les contredire. J’aurais dû me lever, démontrer la vérité, j’aurais dû contredire ces paroles. La femme n’est pas inférieure à l’homme, l’habitant n’est pas supérieur à l’étranger, les noirs ne sont pas inférieurs aux blancs, les juifs ne sont pas inférieurs et un homme peut très bien aimer un homme. Et je suis prête à le démontrer ! Les hommes racistes, sexistes, homophobes ne savent rien de la vraie vie. En quoi l’amour envers le même sexe que le sien peut être honteux, en quoi être né différent des autres peut être mal ? En quoi nos ancêtres, nos gènes, notre intelligence, notre malchance, nos goûts, nos valeurs, notre pays natal, notre sexe, notre amour, notre argent, notre religion peuvent être dangereux ? Alors, alors je suis rentrée, bannissant ces paroles et cette idée, je suis rentrée et j’ai pleuré.

 

Novembre 2018

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4 réflexions au sujet de « Tous égaux »

  1. Encore une fois un très beau texte, si le début laisse croire à un banal appel à la lutte contre le racisme on se rends compte au fur et à mesure de la lecture que ce n’est pas vraiment contre le racisme qu’il faut se battre mais contre l’ignorance, l’ignorance qui pousse les gens à être racistes, à avoir des préjugés et à faire des amalgames, et pour cela un seul moyen : se lever et aller parler aux autres, leur communiquer la connaissance (attention toutefois à ne pas imposer sa connaissance auquel cas on ne vaudrait point mieux qu’eux).

    Enfin si je devais trouver des défauts je n’en verrais que deux :
    -tout d’abord vers la fin tu parles d’homosexualité, cela a totalement sa place dans ce texte mais…bah en fait tu en parles pas au début, certes cela peut être pris comme une avancée de la réflexion du personnage mais pour ma part cela m’a fait un effet bizarre.
    -ensuite et pour moi le plus gros et le plus étrange (on trouve toujours étrange ces que l’on ne comprends pas aussi j’espère que quelqu’un éclairera ma lanterne en zone commentaire) c’est la fin, au lieu d’aller se battre pour la communiquation de la connaissance comme il en est question tout le long du texte, le personnage rentre chez soi et pleure, c’est une sacrée chute.

    Je crois avoir tout dit….🤔

    1. non, non: j’aime bien la fin. Pleurer sur la faiblesse humaine: la faiblesse de l’auteur du texte qui s’est tue au lieu de combattre, la faiblesse des personnes qui excluent au lieu d’accepter.

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