Idée reçue

Ma main munie d’un stylo, le papier attend qu’on lui écrive dessus, ma tête réfléchit, les mots s’additionnent, se divisent, se multiplient et pourtant rien ne se passe. Tout est figé. Voilà enfin l’arrivée d’une phrase, je l’écris, je la lis, je la relis, je la raye. Que faire lorsque l’idée ne vient pas ? Je ne sais même pas quelle émotion vous sera transmise. Et pourtant il le faut. Je pose mon stylo et j’arrête de réfléchir. Une seule question se répète “qu’est-ce que je ressens dans l’instant présent ?” Une mélancolie triste répond à l’appel. Bien, quel sera le contexte ? Rien. Personne. Je ne trouve pas. Je pourrais parler de la solitude, de la dépression, de ma vie monotone, des rues froides de Paris, du monde qui sombre dans la folie, du ciel gris, je pourrais m’inventer une vie. Et pourtant, ces sujets-là ne peuvent être décrit. Ce serait trop long, trop court, inintéressant, trop confus, inexplicable. Je pourrais parler de l’amour, de la joie, de la colère, du dégoût ou de la honte. Amour à qui, joie de quoi, colère contre qui, dégoût pourquoi, honte de qui ? Me voilà bien avancée. Je me lève en étendant mes bras qui depuis longtemps n’avait pas bougé et je m’allonge. Sur mon lit ou par terre, ça n’a pas d’importance. Je regarde mon plafond blanc et je pense, j’essaie de trouver. Quoi ? Je ne sais pas, mais je vais bien finir par trouver ce pourquoi mes pensées tournent. Je reste là, peut-être bien quelques heures avec pour seul signe de vie ma respiration lente et régulière. Soudain une idée. Je me lève et j’écris la première phrase. Ce n’est pas parfait mais ça devrait pouvoir le faire. Tout s’éclaire. Je sais, ou plutôt je ne sais pas, mais c’est justement c’est ça le sujet, je ne sais pas ! Je n’ai pas d’inspiration. Alors je l’écris. Tout semble logique et puisable. Je fais une pause et je relis. Les ailes de mon élan tombent. Tout cela est d’un ennui. Que faire ? Pas grave je continue, on verra bien à la fin. Je pose le dernier point. Je relis. Me voilà mitigée entre le déni de la mauvaise qualité et ma flemmardise grandissante. L’invincible flemme l’emporte. J’ai fini mon devoir, fini ce qu’on m’avait demandé. Et puis dans tous les cas, d’après une expression couramment utilisée chez les jeunes, ça passe.

Décembre 2018

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Une réflexion sur « Idée reçue »

  1. J’aime beaucoup ce texte, il me rappelle certains examens, cette absence d’inspiration, cet ennui et cette flemmardise grandissants, et surtout ce désir de communiquer même si cela revient à écrire “Je ne sais pas”. De la même manière je ne sais pas si j’ai bien compris le message de l’auteur mais lire ce texte me rappelle de bons comme de mauvais souvenir et cela me fait sourire.

    Ps : Du reste le seul point me dérangeant est la fin. “Déranger” n’est peut-être pas le terme exact, pour être plus précis je dirais que cela me fait sourire, l’emploi du “chez les jeunes” accompagné de “J’ai fini mon devoir” me donne l’impression que le personnage est un élève/étudiant qui se donne un air (un peu comme moi en fait, raison pour laquelle j’aime beaucoup ce texte). À moins que ce soit un texte d’une grande importance ? Auquel cas le mot “devoir” serait effectivement approprié bien qu’au final cela apporterait d’autres incohérences franchement mineures

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